Depeche Mode : Le temps des constructeurs 6

La tournée Devotional orchestrée par Anton Corbijn cache le groupe derrière de beaux habits et de lourds rideaux. Chaque membre semble à un poste spécifique sans lien avec les autres. On enregistrera même une version live de l’album joué exactement dans le même ordre. Le résultat est bien froid. Le groupe aussi.

Fletch tombe en dépression et est remplacé plusieurs soirs. Martin boit. Dave injecte. Après plus de 150 dates, il ne reste plus rien de Depeche Mode.
Mute couvre le tout de son mieux en sortant en 94 une version adoucie de In Your Room (plus pop, moins électronique) produite par Butch Vig. Le groupe ne se parle plus. Alan Wilder annonce son départ du groupe par courrier le 1er Juin. Il accuse le refus du groupe de reconnaître son apport et le manque de plaisir à travailler en son sein. Fletcher est montré du doigt. Une décision est prise : il ne sera pas remplacé.
Au coeur de l’été, David Gahan est admis en urgence à l’hôpital de Beverly Hills. Ses poignets lacérés au rasoir. Cure de désintoxication. Trauma.

Martin et Andy entrent en studio à Londres début 96, essayant de rattraper le train du trip-hop en travaillant avec Tim Simenon, véritable fan du groupe. David les rejoint, mais a de grosses difficultés à chanter juste. Ambiance tendue. Bien que les sessions soient assez bonnes, Martin pense à tout arrêter. Le doute le ronge. Jusqu’à ce que David fasse une overdose de speedball. Le mélange coke/héro le laisse pour mort. A son réveil, il est emprisonné pour détention de drogues. Depeche Mode se met officiellement en congés, et officieusement en cure.

Quand les sessions reprendront au studio Abbey Road, l’électro rock prend pied à travers une foultitude de groupes (tels Garbage, Radiohead, Primal Scream…) qui se mettent à utiliser des programmations par-dessus des compositions rock ou pop. Depeche Mode joue son atout et préfère la démarche inverse : faire entrer des musiciens dans leur studio numérique…

Ainsi, Ultra sort en avril 97 rassemblant des bassistes Funk ou Free Jazz, un batteur de funk, une steel-guitar, et encore un ensemble de cordes… Il y a foule aux répétitions. Un rythme trip-hop s’impose, et donc des beats inspirés du hip-hop (Useless) ou du dub (It’s No Good) avec de lourdes basses naturelles pour guides et des sons synthétiques qui tombent de partout, comme des gouttes d’eau sur un lino bien tendu. Dave, encore faible, chante platoniquement mais la production lui donne l’appoint nécessaire pour rivaliser avec la guitare. Grosse saturation et fluidité pour Martin donnent une atmosphère sombre et dansante (façon Massive Attack sur le premier single, Barrel Of A Gun). La volonté d’expérimentations est revenue, donnant du caractère à l’album (la beauté de Sister Of Night qui se déchire sous les mega bass et les vagues de saturation). Une douceur jazzy (The Love Thieves, The Bottom Line) se profile sur les claviers, devenus plus sobres compte tenu de l’absence du virtuose qu’était Alan. Des plages instrumentales viennent aérer l’ensemble, comme sur un album concept. Du coup, si l’album est étrange à la première écoute, il semble mûrir avec le temps.

Aucune tournée Ultra n’aura lieu. Le groupe craint encore ses vieux démons et préfèrera des apparitions télé. Quelques vacances s’imposent pour digérer cette résurrection.

    S’il ne fallait en retenir qu’un :

Le troisième single, Home, montre toute la maîtrise recouvrée de Martin Gore. Le morceau est doux et puissamment lyrique, cachant sous une prod de velours une guitare de rock authentique. De loin un des meilleurs morceau de toute l'œuvre de dM.

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