Depeche Mode : Le temps des constructeurs 8
Se réinventer, cette fois-ci cela veut dire se remodeler. D’abord par contrainte interne : David exigea qu’on lui laisse composer la moitié des titres du nouvel album sans quoi il faudrait faire sans lui.
On trancha pour trois titres parmi les dix apportés par le chanteur. L’un d’eux deviendra même un single (et pas le moins bon : Suffer Well), une chance qu’Alan Wilder n’a jamais eue. Se reconstruire ensuite pour innover encore. Daniel Miller proposa une collaboration avec Ben Hillier (producteur du dernier Blur, Think Tank), pour qui l’œuvre ne dM n’était pas sacro-sainte.
Nous sommes en 2005 quand commence l’enregistrement de Playing the Angel et Hillier accule donc le groupe à tout reprendre à zéro. A commencer par le matériel : analogique, monté en chaîne, avec des pédales d’effets comme s’il enregistrait des guitares. Et voilà les papas de l'électro qui ressortent les vieux synthés du grenier et tentent de les greffer sur des rythmiques d’aujourd’hui. Au résultat, des sons pas toujours justes (les possibilités sont réduites et les manipulations moins pratiques), qui crachouillent des étincelles et bavent un peu donnant à l’ensemble un côté rudimentaire et vaguement rugueux.
Penchant parfois du côté kitch (Precious et Lilian font très new wave, John The Revelator sonne parfois comme du Goldfrapp), et sombrant d’autre fois dans le franchement morbide (The Darkest Star ; Nothing’s Impossible), l’album garde une étonnante cohésion. Guitare et clavier s’équilibrent mieux. La voix de Dave, aussi sèche que sa gorge, clame la rédemption et l’affliction, rendant à elle seule toute l’histoire du groupe. Bien plus énergique que le précédent, Playing the Angel n’en demeure pas moins sombre et réalise un courageux mariage très réussi (l’intro à la meuleuse de A Pain That I’m Used To et le granuleux Nothing’s Impossible rappellent avec joie les récents efforts de Nine Inch Nails ou The Notwist). D’abord inconvenant, l’album s’avère vite assez addictif.
Loin d’être nostalgiques, les survivants de Basildon réinventent l’âge d’or du synthétiseur, se rapprochant ainsi du futur tel que le décrivait la science-fiction des années 80. Parallèlement, ils rééditent tous leurs albums en SACD et au son 5.1…
S’il ne fallait en retenir qu’un :
Sans pitié, le travail de son de A pain that I'm used to ramène toute l'oeuvre de Depeche Mode au premier plan ! Guitare façon I Feel you, bruit indus, glauque et pop, dansant… Tout un univers