Depeche Mode : Le temps des constructeurs 9
Avec la réédition des albums arrive bien sûr un Best Of de plus. Mis à part certains remixes choisi en lieu et place de quelques titres originaux, il contient Martyr , un inédit très pop sorti des sessions de Playing the Angel. Arrive alors le moment pour le groupe de la pause et du bilan.
Après un succès aussi fulgurant qu'inattendu le groupe a frôlé la mort deux fois et malgré des tensions évidentes, il ne doit sa continuité qu'à la forte complémentarité de ses membres. Mais qu'aurait été le paysage audio aujourd'hui sans dM, en voilà une question !
C'est grâce à Depeche Mode que l'on a fait évoluer une pop synthétique en une musique électronique mature. C'est lui qui a concilié la boite à rythme avec la guitare blues (comme sur John The Revelator, clin d'oeil au titre éponyme de Blind Willie Johnson). Sans lui, Placebo ne ferait que du T-Rex, et la musique électronique en serait encore à la House. Les singles des grands groupes ne seraient peut être pas remixés par les grands DJ qui jusqu'ici ne se cantonnaient qu'à la techno. Et sans la touche indus' des albums de la deuxième partie des années 80, un courant comme le rock industriel 1 n'aura pas émergé.
Apparu entre le punk et le disco, Depeche Mode a constamment cherché à innover. Adjonction de sons, introduction d’instruments et réorchestration lui ont permis de traverser le temps et les mouvements haut la main : New Wave avec Just Can't Get Enough ; pop rock avec Personal Jesus, rock alternatif avec I Feel You ; Trip Hop sur Walking In My Shoes etc Tanguant toujours entre l'underground dark (de Black Celebration à Macrovision) et les rengaines pop (de People Are People à I Feel Love), dM lorgne partout à la fois (Blues, Rock Gospel, Techno) et s'est inspiré de toutes les techniques (DJing, sampling, ) pour avancer. Car c’est à lui que l’on doit l’invention de l’electro tel qu’on le connait aujourd’hui !
Si Krafwerk en est le défricheur précurseur, c’est bien l’œuvre de Depeche Mode qui a rendu cette musique populaire. Au sens premier du mot.
C’est, à l’instar du blues, la musique d’un homme qui chante sa douleur, mais cette fois sur des machines. C’est ce que Martin Gore n’a jamais perdu de vue. D’autant plus valable dans notre société moderne, c’est ce sentiment inhérent à la culture rock et à la révolution punk qui ressort sous forme de bip et de beat.
Bienvenue dans l’ère du cyberpunk.
[Et maintenant, voyez la playliste !]
- Nine Inch Nails, Rob Zombi et Marylin Manson pour ne citer que les plus célèbres [retour]